16/12/2025

Déclaration SNTRS-CGT budget initial CNRS 2026 au CA du CNRS du 12 décembre 2025

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CA du CNRS du 12 décembre 2025

Déclaration SNTRS-CGT budget initial CNRS 2026
Le cabinet du Premier ministre nous aura tenus en haleine jusqu’au dernier moment. Arbitré tardivement, et accompagné d’une note de présentation dont les deux versions successives dénotent l’embarras de notre direction face aux injonctions (ou pressions ?) auxquelles elle a dû faire face, voici le budget initial 2026. Pour commencer notre mandature, et en guise de « cadeau de Noël » d’un Père Noël qui, décidément, est une ordure, nous avons un budget de super-austérité. Le SNTRS-CGT dénonçait par le passé l’austérité montante. Mais nous pouvions à peine imaginer que les choses allaient empirer.

Nous en avons aujourd’hui la confirmation. La SCSP est encore en baisse : -82,9 millions en un an. Et si la comparaison avec le BR2 2025 affiche quelques 16,8 millions de hausse, celle-ci n’irrigue pas le quotidien de la recherche. Elle est due : aux 40 nouvelles CPJ qui pérennisent la fuite en avant des recrutements hors concours statutaires de la fonction publique que tous les syndicats ici présents ont dénoncés ; à la revalorisation des contrats doctoraux, certes bienvenue mais qui concerne peu de monde ; aux miettes de 7 millions qu’on nous jette pour les 42 millions du coût global du CAS pensions ; et à la diminution de la mise en réserve due au poids de la masse salariale limitative. La subvention d’État pour investissement est, elle, en baisse de 1 million comparée au BR2.
Le SNTRS-CGT a épuisé les qualificatifs hyperboliques et les métaphores glaciales lors de ses déclarations sur les précédents budgets. Aujourd’hui, les mots nous manquent pour caractériser l’attitude de l’État : est-ce une façon de « dresser » le principal organisme de recherche publique français afin qu’il intensifie sa recherche d’argent pour pouvoir mener à bien sa mission, pourtant assignée par l’État ?

Car oui, les ressources propres du CNRS ne cessent d’augmenter. Les soumissions aux appels à projets se multiplient, augmentant ainsi significativement notre charge de travail. Ce système, qui a « rapporté » quelques 154 millions en un an et 19,5 millions par rapport au BR2, n’est pas un complément, mais un remplacement de ce que l’État nous enlève. Continuellement sur la brèche, obligés parfois à fractionner ou moduler nos activités pour qu’elles répondent aux désiderata des AAP, nous avons pris cette tournure qui est plutôt une contrainte qu’une marque de « dynamisme ». Comme aucune évaluation globale du rapport bénéfice-coût (surtout humain) de ce système n’est faite, nous ne pouvons mesurer ses conséquences sur le long terme.
Notre tutelle nous accorde généreusement le même nombre de postes statutaires que les années précédentes : 270 chercheurs et 360 IT. Ce n’est pas une raison de se réjouir. Le SNTRS-CGT s’est attelé à une étude comparative du nombre de postes sur les 7 dernières années en s’appuyant sur les comptes financiers. La conclusion est une baisse constante des titulaires sous plafond d’État de 0,46%/an, tandis que les contractuels sous plafond augmentent de 4,38%/an et ceux sur ressources propres de 5,29%/an. De plus nous constatons que les prévisions d’ETPT des BI sont significativement et systématiquement revus à la baisse en réalisation.

La politique « volontariste » en faveur du handicap équivaut à 39 postes, soit 6,2 % des nouveaux titulaires en 2026. Pour rappel, le taux d’emploi des bénéficiaires de l’obligation d’emploi était de 5,88 % selon le Rapport social unique (RSU). Les 39 nouveaux postes feront passer ce taux à 5,91 %. Encore un effort et les 6 % prévus par la loi seront atteints.
Nous n’allons pas rappeler ici combien l’instabilité de l’emploi scientifique est préjudiciable à la science. L’érosion des titulaires est un choix politique des gouvernements successifs qui veulent imposer ce modèle sous prétexte de modernité ou d’harmonisation internationale. Mais pourquoi serions-nous obligés de suivre des exemples qui n’ont pas fait leurs preuves et que nos collègues étrangers fuient, affluant au CNRS malgré la faiblesse relative de nos salaires ? Sur ce sujet, rions jaune : dans la note de présentation, la rémunération est considérée comme « un facteur d’attractivité » ; on y parle d’augmentation des promotions et d’opportunités de concours internes. Ces assertions relèvent plutôt de la méthode Coué que de la réalité du terrain.
Faisons un focus sur les trois agrégats présentant le différentiel d’autorisations budgétaires Subvention d’État. Le premier, les moyens des instituts, est qualifié de « stable » par rapport à l’an dernier. Mais c’est un leurre : avec une inflation de 1,2-1,3% (d’après l’INSEE), il s’agit en réalité d’une baisse des moyens alloués à la recherche proprement dite qui devient malheureusement une variable d’ajustement commode, si l’on considère les manœuvres de restructurations/déstructurations d’unités qui ont la malchance de ne pas se trouver dans des périmètres de sites brillant par une prétendue excellence. Nous regrettons la baisse de 19,9 millions des crédits de l’agrégat 2 (actions communes) dédiées aux grandes infrastructures de recherche, qui font la plus-value du CNRS et contribuent à son rayonnement. Nous perdons aussi 3,8 millions en un an sur le poste des échanges internationaux. Espérons que ce ne seront pas les actions concernant le Sud global qui vont en pâtir.

Le budget de l’action sociale est en hausse de 3 millions en un an, mais ce sont les personnels qui la payent de leur poche. Cette hausse est due à l’augmentation de 25% des tarifs de la restauration sociale que le CNRS a décidé malgré l’opposition unanime des syndicats et des collègues, dont une partie désertent désormais cet espace de convivialité et de détente qu’était le repas méridien à la cantine.

Finalement, l’État veut obliger continuellement le CNRS à puiser dans sa trésorerie s’il veut continuer à honorer sa devise « la recherche fondamentale au service de la société ». Mais, contrairement à ce que semblent penser nos tutelles, cette trésorerie n’est pas la « cassette » d’Argan et le CNRS n’a rien du célèbre Avare de Molière. Si les 239 millions de déficit sont couverts cette année grâce à cet argent et le « trou » du CNRS a ainsi diminué, cette méthode ne doit pas être érigée en système exonérant l’État de ses responsabilités et privant le CNRS de visibilité même à court terme.

Devant ce BI inacceptable, le CNRS réagit en procédant à une expurgatio, telle que la pratiquait à la fin du 16e et au début du 17e siècle l’Église catholique romaine, enlevant des livres suspectés de sympathies protestantes ou de déviance par rapport au dogme de la foi les passages que le lecteur ne devait pas lire : la phrase sur le déficit de 239 millions, « constitué de charges pérennes non financées par l’État », qui reste cette année soutenable grâce, justement, à la trésorerie libre d’emploi, mais que « le CNRS ne peut financer qu’à hauteur de 40 millions sans réduire son activité scientifique » a été enlevée de la version définitive de la note de présentation.

Le SNTRS-CGT remet dans le texte cette lueur de lucidité et d’interpellation de l’État. Nous partageons l’inquiétude de notre direction sur l’avenir, mais nous n’envisageons pas les mêmes solutions. Nous n’allons pas rester l’arme au pied en attendant de futurs « arbitrages » qui font craindre le pire. Nous rejetons une politique gouvernementale qui ne cesse de sacrifier la recherche publique sur l’autel de la militarisation de la France et de l’Europe. Le SNTRS-CGT votera contre le BI 2026 et mobilisera les collègues pour obtenir de l’État les moyens dignes d’un grand pays de connaissance du 21e siècle que la France se targue d’être.