17/03/2026

Déclaration SNTRS-CGT sur le budget rectificatif n°1 présenté au Conseil d’administration du CNRS le 13 mars 2026

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Après une loi des finances passée au Parlement par 49.3, voilà le BR1 qui constitue en réalité le véritable budget du CNRS, arrivé le jeudi 12 mars à 15h pour le CA du vendredi 13 mars à 9h. Cet envoi tardif, conséquence de l’aboutissement tardif des fameux « arbitrages » que le gouvernement impose au CNRS, dénote un total mépris envers notre organisme et son conseil d’administration. L’image déplorable que l’État donne ainsi ne surprend guère le SNTRS-CGT. Mais le mépris a des limites.

Casser le thermomètre crée l’illusion que la fièvre n’existe pas. Or présenter le budget au tout dernier moment ne cachera absolument pas l’état désastreux dans lequel sont mises les finances du CNRS à cause de l’intensification de la part de l’État d’une politique dite « de l’offre », qui a cours depuis plus d’une décennie et n’a pas permis à la recherche française de progresser au même rythme que les pays équivalents, bien au contraire. Le décrochage de la France n’est pas un constat de syndicats alarmistes réclamant « toujours plus ». Le rapport de l’Observatoire des Sciences et Techniques consacré à la position scientifique de la France dans le monde et en Europe, paru en décembre 2024, corrobore malheureusement nos inquiétudes. Car la situation est alarmante. Et le fait que les « négociations » avec nos tutelles n’ont abouti qu’in extremis est un très mauvais signe. L’État demande donc au CNRS encore plus de « concessions ». Jusqu’à ne plus pouvoir faire de la recherche que dans des conditions critiques ? Jusqu’à entériner le fait que la SCSP ne compterait plus, et que le CNRS se financerait désormais uniquement par des ressources instables et incertaines ?

Les mots sont importants. Ceux que nous relevons dans les documents relatifs aux comptes sociaux soulignent la situation que nous dénonçons. Le déficit est « structurel » et il « s’aggrave », la SCSP baisse de façon « pérenne » et « elle ne finance pas des charges pourtant obligatoires » ; même les ressources propres « se resserrent » (c’est-à-dire baissent, pas besoin de modération pour dire la vérité) car ni l’ANR, ni les contrats avec les collectivités, elles-mêmes mises au régime sec par l’État, ne constituent plus des bouées de sauvetage. Quant à l’Europe, tout occupée à trouver la parade pour militariser Horizon Europe en changeant ses statuts afin d’orienter la recherche vers la guerre, elle n’a de budget qu’à condition que les États-membres y contribuent. Si l’austérité sévit, l’argent ne va pas surgir comme par magie.

Le SNTRS-CGT le souligne à longueur de CA : le CNRS ne mérite pas ce « dressage » de la part de l’État. C’est irresponsable et dangereux. Tordre le bras au CNRS, principal organisme de recherche publique français, c’est hypothéquer l’avenir déjà assombri par des décennies de restrictions budgétaires. Nos conditions de travail sont au dernier stade de la dégradation. Notre seuil de tolérance face à cette maltraitance caractérisée est dépassé. Les représentants de l’État doivent nous écouter. La science n’est pas malmenée qu’aux Etats-Unis de Donald Trump. Comme l’a montré la conférence de presse de Stand Up for Science France, elle est aussi en grave danger dans notre pays. Faut-il mettre en place une « horloge de l’apocalypse », à l’instar de la doomsday clock qui mesure la distance séparant l’humanité d’une catastrophe nucléaire à venir, pour que nos tutelles se rendent compte des quelques secondes qui restent pour redresser enfin la barre ?